Lectures de l’été : Thérapie de David Lodge

July 30, 2010

Nouvel épisode des lectures de l’été.

Après 2007, 2008 et 2009, voici l’édition 2010 consacrée à Thérapie (1995), de David Lodge, une comédie dramatique diablement WoodyAllenienne (on pense beaucoup à Whatever Works).

Un quinquagénaire riche, acariâtre et hypo-condriaque, travaillant dans le monde de l’écriture (scénariste de sitcom) décrit à travers son journal sa dépression et sa vie qu’il juge, sans le moindre auto-apitoiement, vide de sens.

Jusqu’à ce que survienne un réel changement, changement qu’il subit, et qui coïncide avec sa découverte de l’existentialisme et de Kierkegaard. Hilarant et bouleversant.

Des mondes si différents

Tous les écrivains ont leur marotte. Celle de David Lodge c’est la confrontation d’univers sociaux radicalement différents.

Et pour cela il utilise encore et encore ce procédé littéraire du changement de perspectives, procédé qu’il manie d’une main de maître.

Dans Jeux de Société s’entrechoquent les univers de traders de l’époque Thatchérienne avec celui d’enseignants d’université. Dans Changement de décor ce sont des enseignants américains et britanniques qui échangent leurs places et leur vie le temps d’une année scolaire. Dans Un tout petit monde, roman choral magnifique, ce sont des chercheurs en littérature en partance pour une grande conférence qui tour à tour donnent leur vision de l’évènement. Dans Nouvelles du Paradis, c’est un prêtre britannique qui se retrouve soumis à toutes les tentations de Hawaï.

Une histoire et des perspectives

En laborantin de la narration, Lodge mélange les opposés pour faire survenir un matériau littéraire explosif, comme un précipité romanesque.

Thérapie ne déroge pas à la règle. Lawrence Passmore, le héros dépressif, est scénariste d’une sitcom dont les héros sont deux familles voisines complètement opposées. L’une est rangée, sérieuse, pétrie de bonne conscience de gauche (les parents lisent le Guardian) tandis que l’autre est bordélique, anarchique et sans trop de principes.

Malgré son succès il manque quelque chose à Tubby (son surnom en raison de son allure un peu boudinée) Passmore. Il découvre ainsi qu’il souffre de l’Angst,  cette angoisse existentialiste découlant de la conscience de l’individu que son futur n’est pas déterminé mais librement choisi.

Kierkegaard

Soren Kierkegaard et ses ouvrages deviennent peu à peu la colonne vertébrale du roman. Passmore s’identifie de plus en plus au maître de l’existentialisme. Depuis la première partie hilarante sous la forme du journal du dépressif jusqu’à la dernière du pélerinage de la rédemption, le roman se mue peu à peu en chemin vers une sagesse mâtinée d’existentialisme.

Les monologues de la deuxième partie en multipliant les perspectives, permettent une fois de plus à Lodge de donner une densité narrative remarquable à son roman, d’autant qu’on en découvre, stupéfait, l’auteur bien plus tard.

Style et humour

Bien sûr on pourra épiloguer sur la fin douce amère qu’on voyait venir, le manque de tenue stylistique de la quatrième partie baignant dans cette morale anglo-saxonne du personnage qui découvre son moi authentique à travers des épreuves.

Reste que le style est limpide et pétri d’humour et ne cède jamais à l’auto complaisance. Les scènes du match de tennis ou du voyage aux Canaries sont à hurler de rire.

La narration, les livres et la vie réelle s’entremêlent sans cesse dans un foutoir jouissif. Ainsi, le pélerinage à Copenhague s’avère un raté pathétique et Lodge, avec un suprême sens de la dérision, place le noeud de l’intrigue au niveau de la sitcom : comment la saison en cours va-t-elle s’achever ?

Un authentique chef d’oeuvre et un immense plaisir de lecture.

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2 Responses to “Lectures de l’été : Thérapie de David Lodge”

  1. Rick Ladd Says:

    OK, alors je ne parlent ni ne lisent le français (je sais, ma perte. Je le blâme sur mes études américaines dérisoire, mais il ne veut pas dire que je suis un crétin culturelle; simplement un illettré, ignorant peut-être légèrement francophobe. Je ne peux pas t même dire à quel point cette traduction est en cours de boucherie). Néanmoins, j’ai pensé qu’il pourrait être intéressant de donner à Google Translate un essai peu et de lire et de répondre à ce post.

    Que voulez-vous, cependant, il m’est difficile de comprendre exactement ce qui se dit ici. Je peux certainement obtenir la Gestalt, le concept global de la façon dont l’auteur écrit et ce, peu précisément, cette pièce est d’environ, mais il est extrêmement difficile d’être sûr de bien comprendre certains de traduction de Google. Par exemple, voici quelques éléments traduits en anglais:

    “In the lab narrative Lodge blends opposed to a literary material occur explosive as a precipitate romantic.”

    or

    “The monologues of the second part in multiplying the opportunities, allow more time to the Lodge to give a remarkable narrative density in a novel, much as we discovered with amazement the author much later.”

    or

    “Of course you can hold forth on the bittersweet end we saw coming, the lack of stylistic held the fourth part immersed in the moral character of Anglo-Saxon who discovers her true self through trials.”

    Suis-je folle? Ces phrases, traduites du français, presque un sens encore une incompréhension de certains qui défie toute explication. La lecture de ce, alors, est extrêmement frustrant que Google me donne un gros terriblement, mais pas tout à fait adéquate, la traduction d’expressions idiomatiques. J’espère que vous, comme l’auteur bilingue, peut faire ressortir les lacunes dans la traduction. Je peux les sens, mais je ne peux pas vraiment les remarquer, que mon français est le plus souvent inexistantes.

    Ainsi se termine ma première incursion dans le monde de la quasi instantanée, la traduction omniprésente. . . offerts par Google Translate. Peut-être qu’il ya une meilleure façon disponibles ou à l’horizon. Il serait certainement cool d’avoir la capacité de lire et de répondre à d’autres dans leur langue maternelle.

  2. ceciiil Says:

    Hi Rick,

    Thanks you so much. I’m afraid Google Translate is ok to translate straight to the point sentences but it’s not when you start to build long sentences to match what you exactly think.

    You don’t have any idea how much I appreciate the fact that english speaking people read my french articles and, on top of that, comment them.

    The same with Susan Scrupski and my review of the catcher in the rye of JD Saliger.

    Broadly speaking, I’m okay with writing about business issues in english because english is my business language. I’m not that comfortable whenever it comes to write about my other passions such as music, movies or literature.

    Anyway I just want to point out that David Lodge novels have 2 main characteristics :

    1 – The subject is quite often about confronting 2 opposite social universe. Be it in Nice Work where universitaries people bump into Thatcher era traders, Changing places where a US academic swap place with a british counterpart for a year or Paradise News where an anglican priest arrive in Hawai, Lodge loves to throw these opposite universe t see the literary material that come out of it

    2 – In order to give a great density to his stories, Lodge always give different character perspective to the story. This has an amazing effect, in particular in Small World or here in Therapy.

    Therapy is a master piece because it’s hilarious, yet it talks about very serious issues (middle age crisis) and the whole novel, no matter how funny it can be, is based on the exitstentialist backbone of Soren Kierkegaard work and tragic life.

    Together with small changes and the choral narrative, Therapy is my favorite David Lodge book. Highly recommendable.


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