Les medias sociaux sont une drogue dure, violente parce qu’ils se nourrissent du plus solide moteur de nos êtres : notre besoin de reconnaissance.

Second numéro du magazine Clefs dans lequel je lis une brillante intervention de Cyrille de Lasteyrie (aka vinvin) sur le sujet des réseaux sociaux.

Dans le numéro 74, il parlait de l’expérience de déconnection quasi totale lors de son isolement dans une abbaye trappiste de l’Allier. Dans ce numéro (le 76), il livre là encore une réflexion saisissante sur son (mon, notre ?) rapport aux plateformes collaboratives, en se concentrant sur leur caractère addictif.

Ce qui change ici de la condamnation habituelle de ces outils par des intellectuels méprisants qui comprennent mal le sujet, est que cette réflexion lucide et courageuse émane d’un acteur important, complètement immergé dans le sujet. Un texte qui résonne d’un écho particulier pour quelqu’un qui a écrit sur les Splendeurs et Misères du Knowledge Worker.

Une lecture salutaire et hautement recommandée.

Philosophie Magazine propose ce mois-ci encore un dossier remarquable : dans l’édition de Mars 2012 le thème est l’homme débordé. Une excellente opportunité pour #hypertextual de revenir à ces citations du dimanche, bonne pratique piquée sans vergogne à l’excellent blog Solution de Continuité (aujourd’hui en pause) des amis Jean-Paul Jacquel et Trémeur Denigot. Read the rest of this entry »

“Qui se sait profond s’efforce à la clarté. Qui veut paraître profond s’efforce à l’obscurité. “

Une citation tirée du texte éponyme de Philosophe de Service de Raphael Enthoven, recueil de courts essais particulièrement inspirants. Une citation qui renvoie directement à ce très éclairant texte de Benjamin Pelletier : Vous reprendrez bien un peu d’obscurité, cette intervention de Michel Onfray sur l’intimidation par le langage, ou encore cet autre texte, beaucoup plus expeditif, du redoutable Scott Berkun [EN] : The complexifiers & The Simplifiers. Une thématique qui demeure très chère à #hypertextual.

“Nous avons l’art pour ne pas mourir de la vérité”.

Chic ! Deux citations cette semaine ! Encore Nietzsche, cette fois-ci cité par Charles Pépin dans une réponse aux lecteurs de Philosophie Magazine. La question porte sur le punk rock et Pépin cite Naissance de la tragédie où Nietzsche distingue le dyonisiaque (soumis à l’ivresse première) et l’apollinien (incarnant le rythme et la beauté formelle). Sans le second, la vision du premier serait insoutenable.

(Version Française)

Knowledge worker: one who works primarily with information or one who develops and uses knowledge in the workplace. (Peter Drucker – 1959)

A simple yet visionary definition which becomes all the more more relevant today as an ever increasing part of our daily activities take place in the so-called knowledge economy where goods and services can be developed, bought, sold, and in many cases even delivered over electronic networks.

While New media increases the production and distribution of knowledge, they also play a significant role in the dissemination of information, the social fluidity and the empowerment of knowledge workers.

Yet, do we fulfill our potential and are we liberated from any constraint ? The Social Network movie delivers some answers …

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(English Version)

Travailleur de la connaissance : celle ou celui qui travaille avec l’information ou qui développe la connaissance dans le cadre de son activité professionnelle. (Peter Drucker – 1959)

Une définition simple et visionnaire qui prend d’autant plus de pertinence aujourd’hui qu’une proportion croissante de nos activités s’articule autour de l’économie de la connaissance. Les nouveaux médias du numérique y jouent un rôle prépondérant en contribuant à la diffusion de l’information, à la fluidification sociale et à la capacitation des travailleurs de la connaissance.

Sommes-nous pour autant épanouis et libérés de toute contrainte ? The Social Network propose des éléments de réponse …

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Un remarquable éditorial de Monsieur maximum beau bosse dans Philosophie Magazine sur le buzz. On retrouve toujours un peu de condescendance vis à vis de la populace des internautes, reste que c’est très bien vu et remarquablement formulé.

La limaille des internautes, aimantée par la rumeur et le goût de l’insolite, épuise et ronge un spectacle jusqu’à l’os avant de l’oublier pour élire une nouvelle pitance. Le buzz se comporte exactement comme un virus (…) il est le cri de ralliement d’une colonie pavlovienne qui réduit un phénomène à son trognon en le diluant dans l’intérêt transitoire qu’il inspire. Buzz est fils de Zap.

#hypertextual copie l’excellente initiative de Solution de Continuité et propose une nouvelle rubrique : la citation du dimanche.

Cynthia Fleury est philosophe, professeure à l’université américaine de Paris, à l’institut d’études politiques et à l’école Polytechnique. Au cours d’un passionnant entretien accordé au magazine Cles elle dit cette très belle chose :

La nature profonde du net fait de nous des êtres polyfracturés. Car la fameuse “fracture numérique” ne sépare pas seulement les classes sociales, elle passe à l’intérieur de chacun, le perpétuel renouvellement de la technique nous faisant croire à notre propre obsolescence. La résistance démocratique se doit de dénoncer cette manipulation : seul l’outil est obsolescent et non l’intelligence humaine qui vient l’animer.

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Le manager et le carburateur

November 17, 2010

Deuxième partie de l’article consacré à l’enthousiasmant Eloge du Carburateur (Essai sur le sens et la valeur du travail) de Matthew B. Crawford.

Les 10 idées principales du livre sont exposés dans la première partie. Elles attaquent de front la société de la connaissance et le caractère aliénant de ses organisations.

L’objectif de cette seconde partie est de répondre à ces points depuis un point de vue de travailleur de la connaissance et de manager, et de montrer qu’il peut exister une noblesse du management dans les organisations. Read the rest of this entry »

Matthew B. Crawford est un pur produit de l’économie de la connaissance : il est docteur en philosophie politique. Pourtant, avec cet ouvrage (Eloge du Carburateur – Essai sur le sens et la valeur du travail), il attaque celle-ci de front et chante les louanges philosophiques des activités manuelles. En philosophe authentique, l’auteur a aligné ses actes sur sa philosophie et a délaissé ses activités fructueuses dans un think tank de Washington pour ouvrir son garage de réparation de motos.

Un ouvrage accessible qui réfléchit à cette question fondamentale : comment faire sens de notre contribution professionnelle ? Une rhétorique originale et virulente battant en brêche une pensée majoritaire qui sacralise la connaissance au détriment de la pratique.

Il ne s’agit pas ici de nourrir la nostalgie d’une vie plus simple, soi disant plus authentique et dotée d’une aura démocratique liée à la classe ouvrière. Cet essai a pour objectif de montrer le potentiel d’épanouissement humain offert par les métiers manuels et la richesse de leur défi cognitif.

Première partie de l’article dédié à cet ouvrage : les 10 idées majeures du livre. Dans la seconde partie, ce blog y répond depuis une perspective de Manager et de travailleur de la connaissance.

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Deuxième partie de la chronique de l’épatant Révolte Consommée de Joseph Heath et Andrew Potter.

Un billet moins synthétique se concentrant sur le caractère infondé et pernicieux de 10 (pour faire un compte rond) principes intellectuels de la contre-culture ainsi que sur leur conséquences désastreuses tels qu’énoncées dans l’ouvrage.

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Toute révolte consommée

August 18, 2009

Encore une fois, Hypertextual perd toute pertinence en regard de l’actualité pour s’attarder sur un autre de ces ouvrages indispensables pour mieux comprendre les mécanismes internes de nos sociétés et cultures occidentales. Un essai fascinant qui justifie 2 billets : le sequel dispo .

(Merci à Aymeric pour le conseil de lecture glissé dans une discussion sur la classe moyenne et la profonde aversion qu’elle suscite à gauche.)

Joe Heath et Andrew Potter s’attaquent aux idée-forces qui innervent la pensée sociétale contre-culturelle depuis 40 ans et son avènement formel avec la parution de l’ouvrage Vers une contre-culture de Theodore Roszak. Si les auteurs ne questionnent jamais les vertus artistiques ou divertissantes de la contre-culture, il font preuve de l’audace que louait Bourdieu en s’attaquant au conformisme de l’anti-conformisme.

Guidés par un implacable sens éthique, Heath & Potter s’appuient sur les travaux de Thomas Franck (dont ils se réclament ouvertement), Thorstein Veblen, Thomas Hobbes, Fred Hirsch, Pierre Bourdieu ou Les Beastie Boys pour prouver qu’il existe un territoire intellectuel médian et cohérent. Ainsi ne cèdent-ils davantage au spectaculaire de la révolution bidon qu’ au conservatisme réactionnaire pour proposer une analyse rafraîchissante, décapante et salutaire. Read the rest of this entry »

Brilliant speech by Alain de Botton, on success and failure in modern society careers – via Signal Vs Noise.

Alain de Botton is a Swiss philosopher living in England. It is not just because he also was born in 1969 and has lived in both Zürich and London : I like him because of his very pragmatic approach of philosophy, which I’ve discovered a few years ago reading The Consolations of Philosophy. The latter suffered very hard critics mostly reproaching him for trying to democratise philosophy. But critics never really like it when philosophy tries to simply talk to regular people, do they ? Anyway … Read the rest of this entry »

Un ouvrage éblouissant, indispensable pour comprendre la gauche.fr du XXième siècle.

Gérard Grunberg et Zaki Laïdi, (tous deux directeurs de recherches au CNRS) font partie du crew Telos, engeance réformiste regroupant un certain nombre d’auteurs déjà mentionnés,  incidemment, sur Hypertextual tels que Thomas Philippon, Paul Krugman, Yann Algan ou Pierre Cahuc.

Un essai qui explique comment le pessimisme social est progressivement devenu l’armature de la construction politique et intellectuelle d’une gauche nostalgique des trente glorieuses et arc-boutée dans une diabolisation systématique du libéralisme. Une gauche oppressée par son sentiment d’impuissance face au marché et sa défiance obstinée face à la réalité du monde globalisé.

Grunberg et Zaïdi expliquent enfin comment le discours de Ségolène Royal, adepte de la triangulation Clintonienne ou Blairiste, marque une rupture profonde avec ce traditionnalisme intellectuel (l’ouvrage date de Janvier 2007).

Une analyse à la puissance intellectuelle sidérante qui met l’âme dépressive de la gauche française à nu et décortique les ressorts de son conservatisme marxiste avec une lucidité déconcertante. Bien plus exaltant qu’une cure de Lexomil.

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Une lecture et une question essentielle en ces temps d’économie troublée. Un remarquable ouvrage de la part d’André Comte Sponville, authentique philosophe matérialiste.

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(c) AP Photo/Herbert Knosowski – Boston Globe

Lors de mon arrivée à Londres en 1996, je me souviens du choc lorsque j’ai allumé la télévision pour regarder l’Evening News de Channel 4 : le présentateur était noir. Le présentateur du journal télévisé le plus regardé d’Angleterre était noir ! Un choc pour quelqu’un qui vient du pays de Poivre d’Arvor ou de Daniel Bilalian. Après quelques secondes de réflexion j’ai été choqué d’avoir été choqué : en effet je regardais un journaliste faire son travail, rien d’incroyable à cela.

Traumatisé par cette réaction conditionnée par 25 ans de médias.fr, je décidai alors de ne plus les regarder du même oeil. La représentation des minorités à tous les étages de la société.fr est devenu un indicateur révélateur de notre prétendue justice sociale.

J’ai donc suivi avec un intérêt particulier la journée thématique remarquable sur France Culture pour célébrer l’avènement de Barack Obama. Quelques extraits bien sentis du Grain à Moudre de Julie Clarini et Brice Couturier avec ce soir là pour invités Malek Boutih, Bariza Khiari et Laurent Bouvet. Read the rest of this entry »

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