The Stone Roses – meilleur album rock de tous les temps

1989 a été une putain de bonne année. Déjà j’avais 20 ans. Et puis c’était la fin des années 80. Comme la sortie d’un long hiver froid et gris, une décennie où avaient régné des happy few condescendants qui nous narguaient depuis le Palace, l’incarnation du mal 80s pour nous les losers normaux qui terminions l’éprouvante traversée d’une adolescence misérable.

Les Stone Roses débarquent après les 2 étés de l’amour (87 et 88) qui ont vu l’émergence des raves et de la musique électronique comme incarnation du ralliement de la jeunesse post-moderne.

Les Smiths se sont séparés 2 ans plus tôt et l’indie rock britannique est à la peine. Arrive cette engeance de 4 lads cool-as-fuck, des boy-next-door sexissimes, tout en relaxitude et conviction, engeance qui va changer à jamais la face de la musique populaire britannique.

20 après, une âme charitable m’a offert l’édition anniversaire, l’occasion de refaire le point sur ce monument de la culture pop.  

Des gars normaux qui citent en bordel Jackson Pollock, John Coltane, le punk, la culture Mod et la Northern Soul et exsudent une musique racée : ondoyante, physique, sensuelle, mélancolique, lumineuse.

Unity as mates

Les guitares de John Squire sonnent comme l’éclat d’un rêve de 60s immaculées. On pense naturellement aux Byrds et à Love pour le travail minutieux sur les sons, les entrelacs d’arpèges d’acoustiques et de riffs de Gretch, un travail qui n’a comme seul équivalent dans les 80s que celui de Johnny Marr.

Une attention extrême pour ne pas passer du mauvais côté de la guitare verbeuse, attention qui malheureusement se relâchera dès l’année suivante sur le single One Love / Something burning et sur le forcément décevant The Second Coming en 1995.

Mani est le troisième bassiste dans l’histoire du groupe, celui qui transforme un ensemble de musiciens en une machine infernale : 

“How the fuck we managed to get that together I don’t know. It was a lot of hard work. I think it’s just the unity we had together as mates and as a band, the confidence that we had that’s just made it.”

Ils disposent avec Reni d’un batteur d’exception qui constitue avec Keith Moon et John Boham la sainte trinité des batteurs rocks britanniques. Dissimulé sous son bob, il perfuse le groupe de sa culture encyclopédique et de la souplesse de son groove.

I am the resurection and I am the life

La finesse de la musicalité collective du groupe explose lors du final de I Am The Resurection, titre qui clôt l’album dans un festival stupéfiant.

A mille pieds au delà du bon gôut bidon qui a corseté la pop de la décennie qui s’éteint, les Roses font ici se télescoper la classe des 60s Motown, le psychédélisme des 70s et la trance 90s de l’acid house.

Le tout dans un espace sonore de 8mn15, mis en scène par le producteur John Leckie au sommet de son art. Comme un point d’incandescence chargé comme jamais de sève hormonale, d’ecstasy, d’énergie sexuelle, de culture pop et de furie post-adolescente : du putain de rock’n’roll.

Avec ce titre mythique les Roses claquent la porte à dix ans d’emprisonnement de la musique respectable dans l’espace roide, martial et exigü du post-punk et des synthés en plastique. Les admirateurs de la new wave martiale de Joy Division n’ont qu’à se retourner dans leur tombe, on s’en tape, la pop-musique est redevenue vivante et Dieu que c’est bon.

I don’t have to sell my soul, He’s already in me

Et il y a le chant, les mélodies, l’attitude et les textes de Ian Brown. Une nonchalance débraillée qui confine au génie et qui inspirera les icônes du Brit Pop 90s, les frères Gallagher et Damon Albarn en tête.

Voir le clip du classique Fool’s Gold quand on a vingt ans, regarder Brown danser comme un taré, tenir son micro au bout du bras et chanter en orientant sa tête de l’autre côté est d’une coolitude traumatisante pour le wanna be rock-star que je le suis alors.

De mélodies immémoriales (Song for my sugar spun sister, She bangs the drums), et des chansons qui évoquent le plus naturellement du monde des voitures calcinées et des corps qui se consument – celui de l’interlocutrice du narrateur de l’himalayesque Made Of Stone.

Bye Bye Badman : une ballade 60s aérienne sert de trame à la confrontation d’émeutiers 68ards dans l’air saturé de jets de pierres (en direction des CRS) et de citron que les émeutiers utilisent pour contrer l’effet des lacrymogènes (hence la pochette).

L’insaisissable finesse de Shoot you down entremêle une love song et des désirs de meurtre : les arabesques du chant et la finesse du beat fouetté en font une des plus belles incarnations du détachement irrésistible qui est la marque de fabrique de cet album.

I wanna be adored et This the One sont les deux hymnes de l’album (diffusés régulièrement à Old Trafford) et les deux plus anciens titres. Malgré les réticences de John Squire, le second est conservé : bloody hell, on a eu chaud. Ce qui n’est pas le cas des chansons qu’ils ont enregistrées en 85 puis jetées, les trouvant trop faibles.

Une  preuve de leur exigence et d’une grande confiance en eux, confiance que l’on a souvent identifié à de l’arrogance. Il faut dire que le couplet de I Wanna be Adored offre peut d’espace à l’humilité : I don’t have to sell my soul, he’s already in me.

2009

Alors que les baby boomers continuent de nous emmerder avec leur sacralisation du rock 60s (leur 20 ans à eux, on s’en branle) et l’indéboulonnable Sergent Pepper’s (qui n’est même pas le meilleur Beatles) comme horizon inatteignable de la perfection pop, le NME qui en connait un rayon sur la culture musicale pop, a bien évidemment classé ce premier album éponyme Best British Album of all times. Gen X rocks !

L’Album de mes vingt ans : mon album préféré de tous les temps. Je reste toujours incrédule devant l’inoxydable beauté de ce disque et le peu de reconnaissance dont il jouit de ce côté-ci du channel.

Don’t waste your words, I don’t need anything from you

En même temps, quand on y réfléchit deux secondes, ca semble évident.

Des gars normaux, sapés comme des sacs, supporters de Man United ; un chanteur sous-mixé champion du monde de la Battle of who could care less avec son chant évasif ; un groupe sans grande cause à défendre, sans provoc’ à deux balles ; des lads lower middle class sans génie individuel ni star qui ne parlent que du collectif ; un groupe qui n’a que sa musique pour lui : ce groupe là ne pouvait pas réussir au pays de Mylène Farmer et de Kat Onoma.

Mis à part les Inrockuptibles (que Dieu les bénisse de nous avoir amené les Roses) qui ne sont alors qu’un bimestriel tiré à 100.000 exemplaires, il n’y a pas de place pour Ian Brown et les siens dans un pays où le génie universel de la culture pop est étouffé entre la fascination populiste pour le spectaculaire d’un côté et l’élitisme littéraire de l’autre.

Cette année là, on préfère faire un triomphe au joli profil et à la voix de matronne de Charlene Spiteri et, avec Mishka Assayas, descendre les Roses. L’élite culturelle française, Khâgneuse et Jacobine, rejoint le gros des troupes clueless de la pop-musique. fr et ignore les Roses.

Une preuve de notre incapacité à appréhender la noblesse fédératrice de la culture pop britannique : chez nous la pop-culture n’est qu’un instrument de distinction et de rejet de la middle class. Middle-class dont les Roses, comme tous les grands groupes britanniques, portent l’étendard avec une classe insolente. God bless them.

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