Des fleurs pour Salinger

catcher in the rye

Bibliothécaire de son état et chanteur du groupe dans lequel je jouais alors, mon ami Jean-Jacques entreprit de m’offrir pour mes vingt ans tout un pan de la littérature américaine du XXème siècle.

Attendri par mon enthousiasme candide pour les auteurs américains, enthousiasme suscité par la lecture de Philippe Djian – on entre en littérature comme on peut – ce bon Jean-Jacques décida de m’ensevelir sous un monceau d’extraits d’âme américaine. Grâce lui soit rendue.

Au programme : Hemingway (Pour qui sonne le glas), Steinbeck (Les raisins de la colère, Des souris et des hommes), Dos Pasos (42eme parrallèle), Faulkner (Le bruit et la fureur), FS Fitzgerald (Tendre est la nuit, Gatsby le Magnifique), Jack Kerouac (Sur la route), John Fante (Bandini) et, perle parmi les perles, L’Attrape Coeurs de JD Salinger.

La main dans ses cheveux

Aux côtés de Lolita de Nabokov et de La Conjuration des imbéciles de JK Toole, ce livre complète ma sainte trinité littéraire (voilà : c’est dit). Je l’ai offert cette année à ma fille qui entre dans l’adolescence et en ai profité pour m’y replonger à nouveau (quand je vous dit que j’ai une vie de dingue).

Et ainsi re-découvrir le nerf de cette écriture, la transparence de cette science psychologique, la profonde compassion pour l’espèce humaine. Qu’illustre la scène troublante de l’entrevue avec le prof Antolini. En particulier ce passage durant lequel le vieil enseignant passe sa main dans les cheveux d’Holden exténué et assoupi – geste réveillant notre héros qui, affolé, s’enfuit alors.

On peut imaginer des dizaines de significations à ce geste. Mon interprétation est celle d’une apparition de l’auteur qui dans son immense sagesse est demeuré invisible jusque là : l’expression de son authentique tendresse à l’endroit de son héros et, à travers lui, l’âge tumultueux des possibles, ce grand thème romanesque et cinématographique usé jusqu’à la corde depuis.

Prodige et humilité

Scène enfin durant laquelle Salinger cite, par la bouche de l’enseignant, le psychanalyste Wilhem Stekel :

L’homme qui manque de maturité veut mourir noblement pour une cause ; l’homme qui a atteint la maturité veut vivre humblement pour une cause.

Lire ce passage d’abord à vingt ans puis aujourd’hui, alors que je sens le souffle tiède de la quarantaine sur ma nuque, a été une expérience unique. Comme si cette citation agissait comme un miroir renvoyant deux décennies plus tard, dans une clarté parfaite, le reflet exact de ma disposition d’esprit d’alors.

Le prodige de la littérature.

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