Finlande : réflexions de touriste sur l’éducation et l’industrie créative

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Je constate que, tout comme moi, les nombreuses relations professionnelles que je côtoie et qui sont impliquées dans le métier de la transformation d’entreprise, voyagent beaucoup. Peut-être est-ce parce que nous voulons signifier ainsi le prestige social de notre position professionnelle, souvent avantageuse. Peut-être est-ce aussi parce que nous sommes curieux et nous aimons nous immerger dans d’autres cultures. Il n’est pas impossible que cette deuxième hypothèse soit tout autant valide que la première.

Les lecteurs de #hypertextual auront ainsi constaté une lourde tendance “scandinave” dans les photos illustrant les articles depuis l’été 2019. La raison : nous sommes allés en Finlande (qui n’appartient pas à proprement parler à la Scandinavie, soit dit en passant).

Système éducatif et place des enfants dans la société

On reconnait tous (sauf peut-être les institutions qui remettent en cause le classement PISA) les résultats exceptionnels du système éducatif finlandais. Je ne suis pas allé voir dans une école (nous rêverions d’y aller) mais j’ai pu constater la place que prennent les enfants dans la société.

Ici les enfants sont considérés comme des personnes à part entière et pas comme des morveux qui ont intérêt à se tenir à carreau en attendant de devenir adulte et réussir à entrer en prépa.

La société de la sérénité éducative

En deux semaines dans ce pays, je n’ai jamais (je répète : JAMAIS) entendu des parents lever la voix sur leur enfant. Couché par terre, la joue contre le sol à l’aéroport : rien ; un bébé de 18 mois qui mange sans l’aide de ses parents au petit-déjeuner de l’hôtel et qui renverse tout par terre : rien ; des enfants tout sales qui se bagarrent dans un hamac d’un café chic en criant comme des petits diables : rien ; une petite fille de 2 ans qui tape sa cuillère sur la table du restaurant pendant 2 looooongues minutes : rien ; un gamin de 8-9 ans qui traverse devant sa mère sans regarder une piste cyclable alors que 2 vélos arrivent et s’arrêtent au dernier moment pour l’éviter : rien ; deux jours dans un hôtel club avec spa et centre nautique avec que des familles : rien ; des enfants qui parlent très fort en se chamaillant dans la rue : rien. Parfois une remontrance parlée mais c’est tout. Et une absence totale de regards réprobateurs d’autres adultes, qui, comme les parents, ignorent ce qui se passe.

Car il se passe une chose remarquable ensuite : les enfants arrêtent et personne n’y prête attention. Cela donne raison à l’acte de foi qui consiste à ne pas faire tour un plat d’un comportement non conforme. S’installe sur la durée un sentiment de paix et de calme. Voilà pour nos âmes tristes qui vont regretter qu’il ne peut alors y avoir de transgression.

Créer les conditions de l’éducation

C’est comme si l’ensemble de la société avait pour but implicite commun de créer les meilleures conditions pour le développement des enfants, sans contraintes sociales inutiles qui pourraient les brider. (Reste à voir si le choix de ne pas avoir d’enfants est stigmatisé socialement, sujet que nous n’avons pas exploré).

Valérie, mon épouse, qui est éducatrice spécialisée et qui a un oeil bionique pour ce genre de choses, me faisait remarquer la nature des échanges entre parents et enfants : une attention complète ; pas de condescendance ni de hiérarchie : les enfants sont des personnes à part entière, auxquelles on parle d’égal à égal. Et lorsque ces personnes sont traitées ainsi, le fait de ne pas réagir n’est pas jugé comme un manque d’autorité des parents mais comme une responsabilisation des enfants.

Ceux ci ne représentent plus alors, aux yeux des parents, une forme de corvée nécessaire au positionnement social de leur vie d’adulte. Probablement lié à la culture de l’église luthérienne selon laquelle « it takes a village / a country to raise a child ».

Le conformisme français

Cela a aussi alimenté de très nombreuses réflexions sur le système éducatif français qui me semble particulièrement conformiste et contraignant.

Après avoir travaillé à l’étranger et été tout au long de ma carrière exposé à un contexte international avec des collègues venant de nombreux pays européens ou américains, je ne peux m’empêcher de remarquer un certain conformisme dans notre système éducatif, produisant des professionnels certes très compétents et dévoués, mais peu souvent susceptibles d’apporter des idées novatrices ou de regarder le travail avec une perception nouvelle, source de la créativité selon Luc de la Brabandère.

Comme si notre système éducatif et l’éducation que nous donnons, nous parents français (et moi le premier), se liguaient de façon inconsciente pour brimer le potentiel créatif de nos enfants. Une idée semblable à celle développée par le célèbre TED Talk de Ken Robinson.

Bien entendu on pourra me rétorquer qu’il s’agit là de liens de causalité donnés un peu facilement, avec bien peu d’argumentaire. Mais cette intuition est très prégnante chez moi et l’est d’autant plus à mesure que je découvre d’autres cultures.

A mettre en opposition avec la réussite de la Finlande, historiquement avec le design (omniprésent dans la rue avec les vélos Jopo ou les tote bag Marimekko par exemple), et aujourd’hui autour de toutes les industries créatives liées au numérique (le jeu Angry Bird) ou encore de la musique. Réussite que je mets sur cette volonté finlandaise de créer les conditions d’une éducation ouverte qui respecte la créativité de l’enfant. Cela peut sembler une proposition pompeuse et candide mais l’immersion dans cette culture en donne une dimension palpable, au quotidien.

Le regard du touriste

J’ai ainsi ressenti avec beaucoup de force cette révélation du contexte pour le développement des enfants et c’est exactement pour cela que j’aime m’immerger dans de nouvelles cultures. Le cout de l’inconfort de l’inconnu et de la nécessité de s’adapter à un nouveau contexte culturel sont compensés par ce genres d’observations éclairantes – le sel de la vie si vous voulez mon avis.

Alors bien sûr j’ai sans doute une vision un peu idéalisée de touriste qui ne regarde que les bons côtés du pays visité mais cela reste une belle leçon de société. Dommage que je ne l’ai pas reçue il y a 20 ans. J’ai quand même eu la chance d’élever des enfants avec une personne ayant ces convictions profondes, ce qui a causé de nombreuses discussions compliquées. Le problème est que notre système éducatif et le reste de chez-nous.fr ne voit pas, mais alors pas du tout, l’éducation de cet oeil là.

L’arbre de la connaissance

Un voyage très éclairant. La visite de nombreuses villes telles que Helsinki, Porvoo, Turku, Rauma, l’énergisante Tampere, Savonlinna et de nombreux parcs régionaux de la région des lacs (dont le majestueux Linnansaari, dont provient la photo de ce billet). De plus, la charmante Talinn capitale de l’Estonie n’est qu’à 2h30 de ferry, on peut la découvrir dans la journée depuis Helsinki.

Une manière de s’épargner la pesanteur de canicules éprouvantes (entre 16 et 21C pendant deux semaines). Une découverte recommandée même si la vie y est un peu chère.

Pour finir, je vous épargne mes réflexions sur les essences d’arbres du pays : le tilleul qui suinte une substance pêgueuse qui colle aux semelles tout le long du canal de Turku et les bouleaux dont les forêts évoquent immanquablement la littérature de Tolstoï ou de Tourgueniev. Ce sera pour une prochaine fois.

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