Pour en finir avec la propagande anti lean management (à la télévision)

La première partie de ce billet était consacrée à une série d’articles dans la presse quotidienne ou magazine. Celui-ci est consacré à un documentaire diffusé sur une chaîne cryptée, documentaire que nous ne nommerons pas afin de ne pas lui donner davantage de visibilité numérique qu’il ne mérite. Le fait que ce documentaire porte le même nom qu’un article du Monde Diplomatique donne cependant quelques indications sur la ligne éditoriale, sur l’originalité de la perspective et sur “l’objectivité” du reportage.

Un sujet difficile avec une enquête sur le terrain qui met à jour d’authentiques problèmes mais l’ensemble s’avère discrédité par des procédés classiques de manipulation audio visuelle. Un reportage aveuglé par une intention éminemment discutable et une haine aveugle d’un mode de management qui est pour l’auteur, ontologiquement, mauvais.

Les tragédies qui y sont racontées sont évidemment bouleversantes mais elles méritent davantage un appel à la raison plutôt qu’à des réactions passionnées.

Propagande en action

On retrouve ici l’habituelle assemblage de procédés déotonlogiquement douteux qui s’apparentent bien plus à de la propagande qu’à une “investigation”.

Ainsi, l’essentiel des questions est fermé et orienté (“y-a-t-il plus de burn out depuis la mise en oeuvre du Lean ?” “Le Lean est-il la cause des morts de la poste ?”) : technique qui s’apparente bien plus à un interrogatoire qu’à un entretien. La mise en scène se concentre sur le spectaculaire et le dramatique (“la postière roule très vite !” – 64km/h au compteur sur une route limitée à 60).

Le montage sert une mise en scène accablant les protagonistes. L’exemple du discours du président du MEDEF sur le Lean avec, montée juste après, une séquence montrant une standing ovation est de la manipulation : cette standing ovation est-elle pour la partie sur le lean ou pour une autre raison ? On ne le sait pas mais le journaliste, lui, sait très bien ce qu’il veut nous faire croire.

Il en va de même pour la séquence du départ de Dan Jones suite à son “interview”. Tout d’abord la question : “le lean est-il responsable des suicides de la poste ?”. On scrute en gros plan son embarras, comme pour dire regardez le coupable, mais on ne sait pas si cette réflexion survient vraiment après la question. Et se questionne-t-il parce qu’il se sent coupable ou parce qu’il se demande comment il va faire pour se sortir de cet interrogatoire digne de la Gestapo police ? Comment Dan Jones qui n’a pas participé à cette initiative peut-il le savoir ? Un peu comme si on demandait à Robert Hue si le communisme était responsable des millions de morts en Corée du Nord ou en URSS. Ensuite, son départ est mis en scène en plusieurs séquences, montées de telle sorte à faire passer cela pour la fuite d’un criminel. Cette scène évoque immanquablement la fuite de Charlton Heston, dirigeant sénile de la NRA, à la fin de Bowling for Columbine – je ne pense pas qu’il s’agisse d’une coïncidence. Mais pour quelle raison Dan Jones part-il ? A-t-il un train ? L’entretien est-il aligné sur le contenu qui était approuvé au préalable ? On ne le sait pas. Ce qu’on veut montrer à travers ce montage c’est un fuyard et une accusation, montée de toute pièce, en 3 ou 4 séquences : il s’agit là de manipulation digne d’une télévision d’état soviétique.

Le grand guignol continue avec l’accoutrement ridicule du consultant et des participants du jeu des cocottes, comme pour illustrer le ridicule de cette culture. On retrouve le même principe à l’oeuvre dans l’énoncé étonné et un peu dégoûté des termes japonais au début du film : on cherche le discrédit d’une culture étrangère (avec laquelle l’accoutrement n’a absolument rien à voir, soit dit en passant). Naturellement, on évoque l’argent pour montrer le caractère profondément immoral des personnes mettant cela à l’oeuvre : le film évoque ainsi le montant de la prestation du consultant qui accompagne Servair pour susciter le dégoût, sans expliquer la durée de la mission ni ce qu’elle a rapporté aux employés, aux clients ou à l’entreprise. Notons, et c’est essentiel, qu’il s’agit par deux fois de consultants Lean Six Sigma, une déclinaison américaine (Motorola, General Electric) de l’approche originelle, bien plus intéressée par les statistiques que par le développement des personnes si cher à Toyota.

Autre exemple de manipulation manifeste : la séquence dans laquelle l’auteur, montre des syndicalistes de Sud protestant à la Poste, et superpose le commentaire suivant : “les patrons adorent, les salariés beaucoup moins”. Sud représente 20% des 75% des votes exprimés aux dernières élections de La Poste c’est à dire 15% des employés. Le film nous montre donc les protestations de personnes représentant 15% des salariés en les présentant comme “Les Salariés”. Un peu comme si on nous montrait un défilé organisé dans les rues de Paris par le Front National en prétendant que les Français sont dans la rue.

Le Pourquoi

Pas un instant on ne se questionne sur le pourquoi de telles initiatives. Se pourrait-il que ce système de management alternatif (et profondément différent de l’approche tayloriste malgré ce que tout ce beau monde essaie de nous faire croire) apporte un espoir aux centaines d’entreprises asphyxiées par le manque de compétitivité, entreprises qui ne souhaitent pas rejoindre la cohorte d’entreprises faisant faillite ? Combien d’entreprises ont-elles ainsi pu non seulement survivre mais aussi progresser et garantir des emplois dignes grâce à ces approches ? #hypertextual en a rencontrées.

Et quid des innovations de rupture qui transforment radicalement le monde : que devient La Poste à l’ère d’internet où le volume de courrier réduit régulièrement ? Je ne dis pas que cela justifie la pression considérable sur les employés telle que celle montrée dans le film, mais qu’il est nécessaire de changer nos modes de fonctionnement, une perspective qui nous terrifie.

Les institutions

On ne se questionne pas non plus sur la position des institutions sur cette approche de management. C’est un sujet inconfortable car non binaire, que le reportage n’a pas voulu traiter. Il existe une brochure de l’INRS sur le sujet qui apporte un éclairage sur ce qu’est ou n’est pas le Lean avec un certain nombre d’indications sur les précautions à suivre lors de la mise en oeuvre de telles initiatives. Il est par exemple inimaginable qu’une initiative Lean responsable encourage des personnes à faire l’impasse sur la ceinture de sécurité comme la factrice rurale dans le reportage.

Un exemple très parlant à ce sujet est celui de la présentation que fait en fin de film l’ancien responsable Lean de Renault Trucks : sur la diapositive derrière lui, il y a 2 colonnes : le Lean de Toyota et celui qu’il a vu mettre en oeuvre : voici le noeud du problème. En ce sens, le film soutient très mal la comparaison avec “Le Bonheur au Travail” diffusé sur Arte, autre documentaire sur le sujet des modes de management alternatifs, qui se révélait moins militant, plus éclairant et posant les bonnes questions, dont celle-ci.

Une technique hors du champs moral

Car le Lean est une technique de management – comme le montage est une technique audio-visuelle (sourire). Et en tant que tel, il est, comme le rappelle André Comte Sponville en parlant du capitalisme, hors du champ moral. C’est un peu comme prétendre qu’internet c’est le mal absolu car on y trouve des sites extrémistes ou pédophiles.

Comme l’explique Clay Shirky ce genre de propos radicaux à l’encontre d’une technique ou une méthodologie donne bien plus d’indications sur les intentions de la personne qui les profère que sur la technique elle même. Le Lean est un instrument puissant et il ne faut pas le mettre entre les mains de n’importe qui.

Management.fr

Dans Lean Management il y a deux mots. L’auteur s’est concentré sur le premier, alors que le vrai sujet est bien entendu le second.

Le management français jouit d’une mauvaise réputation qu’il n’a pas volée : centralisation, communication implicite, autocratie, distance hiérarchique, élitisme. Dans ce contexte, on peut avancer que les dérapages de la poste ou de France Telecom sont au moins tout autant imputables à notre culture de management.fr qu’à une approche prétendument Lean, invalidée dans ces cas par la grille de lecture INRS. La séquence avec la DRH de La Poste ne mentionne pas l’historique lourd avec ses dirigeants – historique qu’il aurait été bien difficile, même pour ce journaliste, d’attribuer au Lean.

Quelles armes pour éviter le déclin ?

Au final, ce film fait primer le spectaculaire et la démagogie sur un questionnement légitime : comment nous organisons-nous pour continuer à créer de la richesse et maintenir notre niveau de vie dans notre pays ? Avec l’avènement d’une classe moyenne de centaines de millions de personnes à travers le monde (BRIC, etc …), bien décidées à ne pas se contenter du rôle de petites mains que nous avons prévues pour elle avec la stratégie de Lisbonne (la Chine et l’Inde forment plusieurs centaines de milliers d’ingénieurs par an), comment allons nous faire ?

Nous n’avons plus eu un budget à équilibre depuis le premier choc pétrolier en 1973 : une lecture de cette corrélation pourrait être que nous n’avons pas trouvé d’autres moyens de créer de la richesse qu’exploiter les ressources des pays du sud. Sommes-nous condamnés au déclin ? Nos seules armes pour lutter contre sont-elles la mauvaise foi et le porte-voix ?

J’ai la faiblesse de croire qu’il existe d’autres solutions, moins démagogiques, peut-être plus difficiles, mais apportant bien plus de dignité et de fierté aux travailleurs et aux entreprises de ce pays. Et cela nécessite une profonde réflexion sur le management de nos organisations, publiques et privé. Le Lean est une alternative plus que crédible et doit faire partir de cette réflexion ; tenter de le discréditer à grand renfort de propagande médiatique ne nous permettra pas de résoudre ce défi majeur qui se présente à nous.

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13 Comments

  1. Article qui a perdu toute crédibilité après cette phrase «Et se questionne-t-il parce qu’il se sent coupable ou parce qu’il se demande comment il va faire pour se sortir de cet interrogatoire digne de la Gestapo ?»

    Digne de la Gestapo ? On peut lire sur le net ce genre de choses :

    «Les personnes arrêtées individuellement étaient interrogées et le plus souvent torturées par la Gestapo. En général le premier interrogatoire n’avait lieu, sauf nécessité d’enquête, qu’une dizaine de jours après l’arrestation. Les procédés employés pour faire parler les personnes interrogées étaient partout les mêmes. On les obligeait à s’agenouiller sur une règle triangulaire pendant qu’un tortionnaire montait sur leurs épaules; on les suspendait par les bras ramenés en arrière, jusqu’à l’évanouissement ; on les frappait à coups de pied, de poing, de nerf de boeuf; on les ranimait en les aspergeant d’un seau d’eau quand elles s’évanouissaient. On limait les dents, on arrachait les ongles, on brûlait avec une cigarette et parfois même avec une lampe à souder. On pratiquait aussi le supplice de l’électricité : un fil était attaché aux chevilles pendant qu’un second fil était promené sur les points les plus sensibles du corps. On entaillait la plante des pieds au rasoir et on obligeait ensuite le blessé à marcher sur du sel. Des morceaux de coton imbibés d’essence étaient placés entre les doigts des pieds et enflammés.»

    Pauvre Dan Jones qui ne sait pas répondre à une question toute bête ! Méchant le journaliste, méchant ! Comment ose t’il poser une question sur l’efficacité du LEAN et de ses dérives potentielles ? Sacrilège. Plus dangereux encore que les détracteurs du LEAN, ceux sont les zélotes qui pensent détenir la vérité absolue.

    Je vois le tag élitisme, effectivement…

  2. Bonjour Sébastien merci pour votre commentaire, redigé de façon non anonyme. Du coup j’ai modifié l’article en barrant ce mot, une leçon pour moi. Bien vu pour le point Godwin sur cet article mais qu’en est-il des procédés déontologiquement douteux du film. J’ai le sentiment qu’ils vous interessent bien moins. C’est effectivement plus confortable de disqualifier cet article pour cette maladresse que se questionner sur les procédés embarassants du film, je peux vous comprendre.

  3. Bonjour.. Je viens de découvrir votre article et tenait à répondre au moins sur un point qui fait partie des mêmes raccourcis que ceux que vous semblez vouloir dénoncer ici… C’est juste sur le paragraphe concernant la manifestation SUD :
    1. Le reportage concernant ce rassemblement à été tourné en Essonne où SUD représente 50 % du personnel (tout grade confondu) au courrier (Distribution)… ce qui ne veut pas dire que lorsqu’il y a un rassemblement nous représentons “TOUS” les salariés, bien entendu… mais ça relativise votre côté “Minoritaires”..
    2. Un rassemblement devant une direction ne rassemble ni uniquement des adhérent/es d’une organisation syndicale, ni non plus ses “électeurs”… mais des salariés qui, à un moment donné et pour une “cause” donnée se retrouvent sur une action…
    C’est un peu comme ceux qui dénoncent le “faible taux de syndicalisation” en France (du style, les syndicats qui ne représentent personne) en oubliant tout simplement de parler des élections professionnelles (en tout cas à La Poste) où la participation reste largement majoritaire et représentative de l’ensemble des salariés…
    C’était juste une petite mise au point, comme quoi, les caricatures sont très rapides, même pas écrit et sans “montage audiovisuel”…
    Il en reste pas moins vrai que vouloir faire le tour du Lean Management sur un reportage d’une heure ou un peu plus est une vraie gageure… même à La Poste ! Pour nous, d’un point de vue de la sensibilisation au sujet, l’objectif en tout cas était atteint… De vrais débats sur le fond demandent ensuite un plus grand espace de discussion, on en convient..

  4. Bonjour Eric,

    Je vous remercie de ce commentaire, non anonyme, qui apporte un éclairage factuel. Je suis ravi de cet échange et partage avec vous la conclusion.

  5. Bonjour,
    Votre analyse me paraît un peu simpliste et si l’on regarde le contenu de votre site, il est plus qu’orienté en faveur du Lean, alors que les termes que vous employez pour décrire le journaliste et sa manière de présenter les risques du Lean sont “manipulation digne d’une télévision d’état soviétique, “manipulation digne d’une télévision d’état soviétique”, “Le grand guignol”, autant de marqueurs du discours qui relèvent de la subjectivité personnelle non basée sur des faits. Plus sérieusement, je vous renvoie à de nombreux travaux d’ergonomes, et d’expertises CHSCT (dont celui présenté dans le reportage), présentant les risques professionnels et la souffrance au travail auxquel sont exposés les salariés suite à la mise en oeuvre de management Lean dans les entreprises. Je vous renvoie notamment aux travaux de François Daniellou, la littérature foisonne de rapports consternants. Intensification du travail…
    https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-00778060/document

  6. Bonjour Tania, merci pour ce commentaire et pour l’étude que je regarderai.

    Quelques commentaires : si vous vous savez d’où je parle (mon blog, mon nom, mon point de vue) pour moi c’est beaucoup plus difficile : un vague pseudo je ne suis pas en mesure de déterminer d’où vous parlez. Et donc, à ce titre, j’accorde peu de crédit à l’objectivité de vos propos. D’autant que vous ne répondez à aucune des questions posées dans cet article, qui sont des questions très précises. Si vous souhaitez engager une conversation, je vous invite à démarrer par là. Je comprends qu’il est intellectuellement plus confortable de dire “le lean c’est mal” et de renvoyer à certaines études. Je peux aussi vous envoyer à d’autres études qui disent tout l’inverse et on sera bien avancé.

  7. Et moi si je poste sous le sobriquet de Dave je peux vous dire que je suis le guitariste des Strokes, et vous donner mon avis sur la désastreuse qualité de service dont jouissent les intermittents du spectacle de la part des organisations publiques.

    Alors regardons un peu cette “étude” : du haut niveau, indeed.

    “Bien évidemment notre travail à tous ici aux journées est d’essayer de répondre à la question : mais que font les ergonomes.” /// le problème est drôlement bien posé.
    “Le Lean et tous ses dérivés sont quelque chose qui est difficile à penser, à débattre, dans la mesure où il y a des aspects séduisants de l’annonce en tous cas autour du Lean.” /// On fait pas rédaction en école d’ergonomie ?

    “Il y a eu en 2006 une enquête publiée en français par la DARES. A l’époque il n’y avait pas beaucoup de développement du Lean en France mais il y en avait beaucoup dans d’autres pays,” … la brochure de l’INRS date de 2013

    “Ce à quoi nous sommes habitués mais qui n’est pas la norme dans le monde entier, c’est à une intelligence bricoleuse des travailleurs qui sont confrontés à des formes de variabilités que l’organisation n’a pas anticipées, et qui vont ajuster leurs mode” . /// Quels sont les éléments factuels qui étayent cette assertion ? S’il n’y en n’a pas c’est une hypothèse. Et si une hypothèse est présentée comme une certitude, ce n’est pas un document scientifique. Mais un recueil d’opinions.

    “J’ai la chance de travailler avec un centre de recherche en Suède (Department for Human Systems Ingeneering, université de Linköping) qui travaille beaucoup sur la mise en place du Lean en Suède. C’est évidemment très intéressant d’avoir leur retour. Le premier retour, c’est que la forme que je viens de décrire, la forme très hiérarchisée de traitement des problèmes, ne passe pas du tout avec la culture sociotechnique suédoise et surtout, l’aspect militaire masculin ce n’est vraiment pas leur truc.” /// Quelle est la source qui exprime ce retour ? Quels sont les chiffres ? Quels sont les protocoles d’études ? et c’est quoi “leur truc” ?

    “Le congrès de la SELF l’année dernière était sur la résilience, c’est-à-dire la capacité d’une organisation à anticiper et à s’adapter à des variations importantes de son environnement. Là, on a l’impression d’une rigidification” /// On a “l’impression” ou c’est vrai ? Qu’est-ce qui nous fait dire si c’est vrai ? Quels enseignements du congrès ? Qui a présenté quel cas d’étude ? Qu’est-ce que la “rigidification” ?

    “Bien sûr les organisations dont nous sommes témoins, dans lesquelles nous sommes amenés à intervenir sont diverses” /// Qu’est-ce qu’être “témoin” d’une organisation ? c’est parce qu’on est invité à son mariage ? Est-ce une démarche d’étude scientifique ou une démarche de témoin qui donne son opinion ?

    “Je ne résiste pas au plaisir de vous lire ce que j’ai trouvé sur un site parfaitement sérieux” /// Ben si, résistez ou alors vous donnez vos sources.

    “Je pense que nous serons d’accord sur le fait que la plupart des déterminants de l’ activité au poste ne se trouve pas sur le poste et qu’on a besoin de réfléchir de façon beaucoup plus large sur les flux, sur l’organisation de l’entreprise, et que, du coup, la conception générale passe avant la conception détaillée des postes de travail. “. /// Euh ben non, justement nous ne sommes pas du tout d’accord. Voilà une des hypothèses qui pourrit la vie des gens qui sont sur le terrain et essayent de faire le travail. Quels sont les éléments factuels qui vous font dire cela ? Comment le savez vous ? Pour information : des milliers de projets lean de part le monde prouvent l’inverse de cette approche, typiquement tayloriste (d’ailleurs on dit tayloriste pas taylorienne pour parler d’approche de management).

    “Est-ce que nous sommes d’accord (…)Évidemment je pense que nous serons assez vite d’accord sur le fait (…) Est-ce que nous sommes d’accord sur la nécessité” /// Non, non, nous ne sommes pas d’accord. Amenez des faits objectivés, expliquez votre méthode d’analyse et on verra ensuite si nous sommes d’accord. Lire cela dans un document qui critique le prétendu impératif fait aux équipes de faire du lean serait drôle si elle n’était pas pathétique.

    Je suis navré par la médiocrité de ce document et par le manque flagrant de rigueur intellectuelle. Soyons un peu sérieux : nous sommes bien d’accord (rires) que ceci n’est pas une étude ni un document scientifique ? Il n’y a pas de source, il n’y a pas de chiffres, il n’y a pas de notion d’hypothèse, de validation d’hypothèse, de notion de protocole d’analyse. Il n’y a pas de nom, il n’y a rien si ce n’est des opinions et des croyances. Je peux faire un document du même acabit (enfin mieux écrit, hein) en utilisant la même rigueur scientifique montrant que les groseilles sont cancérigènes. Si vous vous étiez intéressée à la littérature lean et à sa pratique (car il s’agit d’une pratique de management et non pas d’une philosophie) vous auriez un peu développé cette rigueur intellectuelle requise pour avoir des discussions sérieuses : vous ne pousseriez pas en avant un tel florilèges de points de vue superficiels et subjectifs.

  8. Je vous laisse dans votre déni et votre facilité à poser des jugements de valeur. Alors si pour vous le Lean est le remède anti-crise qu’on doit vendre aux entreprises, c’est votre choix. Ce qui m’importe c’est de souligner que tout le monde ne pense pas comme vous.

  9. Chère Tania, je me moque éperdument de ce que vous pensez. En revanche ce qui m’intéresse c’est comment vous pensez. Il y a plusieurs manière de penser le monde que l’on a face à soi. Une manière est de placer une grille de jugement moral et de croyances – c’est la vision religieuse ou de propagande. Cela ne m’intéresse pas. Une seconde est de placer l’approche scientifique entre soi et le monde pour ne pas se laisser emporter par ses croyances ou ses biais cognitifs. Cette seconde approche, définie au XVIIème siècle par Francis Bacon en Grande-Bretagne et Descartes en France est celle qui a permis au monde de sortir de l’obscurantisme et d’entrer dans le monde des lumières. Si vous vous aviez étudié sérieusement le lean (i.e pas seulement les cas où sa mise en oeuvre n’a pas été un succès pour les employés+dirigeants+clients – ce qui advient bien sûr et que je ne conteste pas) vous sauriez que le Kaizen est cela : placer l’approche scientifique (déclinée dans le monde industriel sous la forme du PDCA de Shewart et Deming) entre soi et la situation pour mieux penser son travail et mieux agir dans le cadre de son travail : c’est la citation de Bergson : “nous devons penser comme un homme d’action et agir comme un homme de pensée”. Si vous souhaitez avoir une discussion sérieuse sur le sujet du Lean, il va falloir adopter une posture intellectuelle un peu plus rigoureuse. Et commencer par répondre aux questions dans l’article et sur “l’étude” (yeux au ciel) que vous m’avez invité à lire.

    Il y a mille exemples montrant que le lean peut être un remède anti-crise, ou plutôt un moyen d’engager les employés pour produire davantage de richesse à coût constant. Mais je vais vous en donner un : l’usine fabriquant le plus de voitures en France est celle de Toyota à Valenciennes. Quel modèle fabriquent-ils ? La Yaris, un véhicule entrée de gamme (équivalent de la clio ou la 106). La croyance dans les entreprises automobiles françaises : pour ce type de véhicule, la marge est trop faible : on ne PEUT PAS la construire en France car on perdrait de l’argent en raison des coûts du travail. C’est une croyance : Toyota a démontré que c’est faux : l’usine fabrique ces modèles et gagne de l’argent, avec une collaboration normale avec les syndicats. La question est donc : préférons-nous que nos véhicules entrée de gamme soient fabriqués en Turquie ou au Maroc avec une approche Tayloriste (qui réconforte vos ergonomes qui s’essaient à l’étude du management) ou en France avec le Lean (qui les indispose car ils ne le comprennent pas) ?

    Merci encore pour votre contribution.

  10. Ha, ha ha!!! J’en ai presque des crampes à force de rire ! Vous essayez de m’apprendre à penser…un peu condescendant comme approche tout de même. Allez je réponds plus.
    Merci tout de même pour vos réponses

  11. C’est bon de rire. Je ne dis pas que je vais vous apprendre à penser je constate juste qu’à aucun moment lors de ces échanges vous n’avez produit de la pensée. Continuez à “penser” en lisant des “études” qui confirment vos biais moraux et en ne répondant pas aux questions inconfortables, c’est ainsi que l’on progresse intellectuellement.

  12. Bonjour Cecil,
    Très bon article. Votre réflexion est bonne, il est temps qu’en France on ouvre enfin les yeux. Je ferai mon possible pour communiquer en masse des bienfaits du lean (car j’y crois). Et pour répondre aux détraqueurs, je ne crois pas à la dégradation des conditions de travail dans le sens qu’il y en énormément chez qui les conditions sont nettement meilleures et entre tous ceux qui découvrent enfin le TRAVAIL. Que non ce n’est pas de tout repos, que la concurrence internationale est tellement forte qu’on ne peut plus se reposer sur nos lauriers. Vous ne voulez pas d’innovation et “d’amélioration continue” ? Ok, attendez, ayez mal au dos. Mais préférez vous vivre dans un pays avec un taux de chômage de 50% et vous avec, ou en travaillant mieux ? Je n’ai pas dis plus, je n’ai pas dis moins bien. J’ai dis MIEUX ! Etant mon métier je vous assure que nous faisons le maximum pour améliorer le quotidien de milliers d’hommes et de femmes. Pas convaincu ? On demande directement, à chacun des collaborateurs ce qui pourrait rendre son travail plus facile/confortable, ils nous répondent, on y répond. On AMELIORE les conditions, si une entreprise les dégrade, elle n’a rien compris au Lean, et elle se doit de revoir sa façon de penser. Voilà le gros soucis en France, on applique le lean pour éteindre un incendie, donc on l’applique très mal, et lorsque c’est mal appliquer, on sauve certes les meubles mais on détériore peut être les conditions. Apprenez à l’appliquer.
    D’où mon salaire. Chacun doit y voir du bénéfice, sinon la démarche est ratée.

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