Citations du Dimanche : Alessandro Baricco

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“Sergey Brin et Larry Page furent parmi les premiers à deviner que les liens hypertextes n’étaient pas une option en plus sur la toile : ils étaient tout son sens même, son accomplissement ultime. Sans les liens, Internet serait resté un catalogue, nouveau dans sa forme, mais traditionnel dans son essence. Avec les liens, le réseau devenait quelque chose qui allait changer la façon de penser.”

Alessandro Baricco est un auteur italien et Les Barbares est un essai qu’il a publié en épisodes pour La Republicca. Auteur donc mais aussi philosophe et musicien, d’une grande culture et s’inscrivant dans un humanisme lettré, il critique assez offensivement dans cet essai la façon de penser de cette génération qui a saisi les formidables opportunités du numérique.  Cet extrait montre qu’il a compris un des enjeux majeurs de la puissance d’internet – la raison d’être de #hypertextual.

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Matthew Crawford : l’attention où le noeud de la condition des travailleurs de la connaissance

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Le monde dans lequel nous acquérons des compétences pratiques en tant qu’agents incarnés (plutôt que consciences abstraites – ndlr) est le même univers qui nous soumet à l’hétéronomie (opposé d’autonomie – ndlr) des choses et aux périls de la réalité matérielle. Nourrir le fantasme d’échapper à l’hétéronomie par le biais de l’abstraction, c’est renoncer à toute compétence pratique et substituer à notre capacité d’agir les solutions magiques de la technologie.

Dans Eloge du Carburateur, un ouvrage dont #hypertextual n’a eu de cesse de parler, Matthew Crawford chante moins les vertus d’un composant mécanique que celles de l’agir individuel (individual agency), ce qui se passe lorsque nous constatons l’effet direct de nos actions sur le réel, et que nous savons que ces actions nous appartiennent vraiment.

Dans ContactPourquoi nous avons perdu le monde et comment le retrouver, Crawford  creuse davantage ce même sujet en opposant deux systèmes de pensée de notre rapport au monde et de l’apprentissage. Continue reading “Matthew Crawford : l’attention où le noeud de la condition des travailleurs de la connaissance”

Système d’expérimentation vs. système politique

“L’expérimentation est le contraire de la politique comme système : elle se niche dans les choses minuscules, elle se construit par le bas, elle se répète et recommence.”

Le retour des citations du dimanche avec une belle phrase de la philosophe Judith Revel, qui oppose l’expérimentation et le politique. On pourra lui rétorquer cette vision de James Kloppenberg qui pose l’expérimentation comme un champ potentiel de stratégie politique.

Une citation qui apporte néanmoins un éclairage intéressant sur ce qui se joue au sein de nos organisations ….

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Citations du Dimanche : Pépin, Spinoza et Aristote

Réfléchissant à la beauté du geste de l’artisan, Aristote cherchait ce qui en parachevait la perfection. C’est le plaisir pris à l’acte, répondait-il de manière lumineuse, qui en fait un acte parfait, ce qui revient à voir dans le plaisir l’indice même de la compétence. (…) Avez-vous donc la possibilité, là où vous êtes, d’accroître votre compétence ? Peut-être vous faut-il travailler plus pour éprouver plus de plaisir ! – et pourquoi pas cette joie dont Spinoza disait qu’elle était le « passage d’une moindre à une plus grande perfection ».

Dans le Philosophie Magazine #105, Charles Pépin répond à une question d’un lecteur. L’auteur de l’indispensable Les Vertus de l’Échec paru cet automne apporte un éclairage philosophique saisissant sur notre relation au travail. S’appuyant sur Aristote et Spinoza, Charles Pépin avance ici que le plaisir au travail est directement lié à la perfection du geste et à la capacité de développer sa compétence dans le geste.

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Citations du dimanche : Christophe André

La pleine conscience doit nous aider à ne pas en rester au “miroitement du réel”. La vision pénétrante nous permet de sonder la nature des choses, de ne pas nous laisser abuser par les apparences. La philosophe Simone Weil écrivait :”L’intelligence n’a rien à trouver, elle n’a qu’à déblayer”. Nous avons souvent ainsi à déblayer dans notre esprit tout ce qui fait obstacle à une vision juste et précise du monde, qui émergera alors d’elle-même comme une évidence.

Un extrait de Méditer, jour après jour un ouvrage du psychiatre Christophe André, médecin et praticien de la pleine conscience.

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Peut-on être heureux sans travailler ?

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“Si l’on a ni l’envie, ni la force, ni les moyens de larguer les amarres de la vie professionnelle, il y a peut-être une solution. Pourquoi ne pas aborder le travail différemment : comme une occasion de réfléchir, d’agir, de jouer ? Changer de perspective c’est prendre de la distance avec des enjeux souvent angoissants. C’est injecter un peu de détachement dans le travail. Travailler en philosophe en somme.”

L’excellent Philosophie Magazine propose dans son son numéro de Mai 2015 un dossier posant la question suivante : Peut-on être heureux sans travailler ? Un sujet délicat car il est si facile de s’adonner à la facilité démagogique, piège que n’évite Alexandre Lacroix le pourtant brillant directeur de la rédaction dans son éditorial.

Michel Eltchaninoff propose une perspective plus large et plus complexe dans un long article qui se conclut par la citation ci-dessus. Continue reading “Peut-on être heureux sans travailler ?”

Citations du Dimanche : Simone Weil

“Si la plus grande partie des ouvriers étaient des professionnels hautement qualifiés, ayant à faire preuve assez souvent d’ingéniosité et d’initiative, responsables de leur production et de leur machine, la discipline actuelle du travail n’aurait plus aucune raison d’être.”

Une citation tirée de l’Enracinement, un texte posthume publié en 1949 et dont des extraits figurent dans le cahier central dédié à l’immense philosophe française dans le numéro 83 (Octobre 2014) de l’indispensable Philosophie Magazine.

Une déclaration visionnaire qui pose, 50 ans avant notre économie de la connaissance, les enjeux discutés de nos jours alors que la vision Tayloriste du travail est remise en cause.