Matthew Crawford : l’attention où le noeud de la condition des travailleurs de la connaissance

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Le monde dans lequel nous acquérons des compétences pratiques en tant qu’agents incarnés (plutôt que consciences abstraites – ndlr) est le même univers qui nous soumet à l’hétéronomie (opposé d’autonomie – ndlr) des choses et aux périls de la réalité matérielle. Nourrir le fantasme d’échapper à l’hétéronomie par le biais de l’abstraction, c’est renoncer à toute compétence pratique et substituer à notre capacité d’agir les solutions magiques de la technologie.

Dans Eloge du Carburateur, un ouvrage dont #hypertextual n’a eu de cesse de parler, Matthew Crawford chante moins les vertus d’un composant mécanique que celles de l’agir individuel (individual agency), ce qui se passe lorsque nous constatons l’effet direct de nos actions sur le réel, et que nous savons que ces actions nous appartiennent vraiment.

Dans ContactPourquoi nous avons perdu le monde et comment le retrouver, Crawford  creuse davantage ce même sujet en opposant deux systèmes de pensée de notre rapport au monde et de l’apprentissage. Continue reading “Matthew Crawford : l’attention où le noeud de la condition des travailleurs de la connaissance”

Système d’expérimentation vs. système politique

“L’expérimentation est le contraire de la politique comme système : elle se niche dans les choses minuscules, elle se construit par le bas, elle se répète et recommence.”

Le retour des citations du dimanche avec une belle phrase de la philosophe Judith Revel, qui oppose l’expérimentation et le politique. On pourra lui rétorquer cette vision de James Kloppenberg qui pose l’expérimentation comme un champ potentiel de stratégie politique.

Une citation qui apporte néanmoins un éclairage intéressant sur ce qui se joue au sein de nos organisations ….

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Citations du Dimanche : Pépin, Spinoza et Aristote

Réfléchissant à la beauté du geste de l’artisan, Aristote cherchait ce qui en parachevait la perfection. C’est le plaisir pris à l’acte, répondait-il de manière lumineuse, qui en fait un acte parfait, ce qui revient à voir dans le plaisir l’indice même de la compétence. (…) Avez-vous donc la possibilité, là où vous êtes, d’accroître votre compétence ? Peut-être vous faut-il travailler plus pour éprouver plus de plaisir ! – et pourquoi pas cette joie dont Spinoza disait qu’elle était le « passage d’une moindre à une plus grande perfection ».

Dans le Philosophie Magazine #105, Charles Pépin répond à une question d’un lecteur. L’auteur de l’indispensable Les Vertus de l’Échec paru cet automne apporte un éclairage philosophique saisissant sur notre relation au travail. S’appuyant sur Aristote et Spinoza, Charles Pépin avance ici que le plaisir au travail est directement lié à la perfection du geste et à la capacité de développer sa compétence dans le geste.

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Citations du dimanche : Christophe André

La pleine conscience doit nous aider à ne pas en rester au “miroitement du réel”. La vision pénétrante nous permet de sonder la nature des choses, de ne pas nous laisser abuser par les apparences. La philosophe Simone Weil écrivait :”L’intelligence n’a rien à trouver, elle n’a qu’à déblayer”. Nous avons souvent ainsi à déblayer dans notre esprit tout ce qui fait obstacle à une vision juste et précise du monde, qui émergera alors d’elle-même comme une évidence.

Un extrait de Méditer, jour après jour un ouvrage du psychiatre Christophe André, médecin et praticien de la pleine conscience.

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Peut-on être heureux sans travailler ?

philoMag89

“Si l’on a ni l’envie, ni la force, ni les moyens de larguer les amarres de la vie professionnelle, il y a peut-être une solution. Pourquoi ne pas aborder le travail différemment : comme une occasion de réfléchir, d’agir, de jouer ? Changer de perspective c’est prendre de la distance avec des enjeux souvent angoissants. C’est injecter un peu de détachement dans le travail. Travailler en philosophe en somme.”

L’excellent Philosophie Magazine propose dans son son numéro de Mai 2015 un dossier posant la question suivante : Peut-on être heureux sans travailler ? Un sujet délicat car il est si facile de s’adonner à la facilité démagogique, piège que n’évite Alexandre Lacroix le pourtant brillant directeur de la rédaction dans son éditorial.

Michel Eltchaninoff propose une perspective plus large et plus complexe dans un long article qui se conclut par la citation ci-dessus. Continue reading “Peut-on être heureux sans travailler ?”

Citations du Dimanche : Simone Weil

“Si la plus grande partie des ouvriers étaient des professionnels hautement qualifiés, ayant à faire preuve assez souvent d’ingéniosité et d’initiative, responsables de leur production et de leur machine, la discipline actuelle du travail n’aurait plus aucune raison d’être.”

Une citation tirée de l’Enracinement, un texte posthume publié en 1949 et dont des extraits figurent dans le cahier central dédié à l’immense philosophe française dans le numéro 83 (Octobre 2014) de l’indispensable Philosophie Magazine.

Une déclaration visionnaire qui pose, 50 ans avant notre économie de la connaissance, les enjeux discutés de nos jours alors que la vision Tayloriste du travail est remise en cause.

Sunday Quote – William Blake

“Nothing is so fatiguing as the eternal hanging of an uncompleted task.”

William James was an American philosopher and psychologist, often referred to as the “Father of American Psychology”.

This quote resonates quite vividly for me as it echoes one of the main lean principles : to get things done, reduce work in progress.Why is it so fatiguing ? My take is that until it is completely done a task uses some of your background cognitive power.

A principle also referred to as “Stop starting and start finishing or “Multitasking is the first step in multi-failing”. I sometimes feel multi-tasking could be considered as self-inflicting the Sisyphus curse : going back to an uncompleted task is somehow like having to roll the boulder all the way up the hill, again.

There is some sort of mythology about alleged millenials ability to multi-task but this is just wishful thinking. I am currently enjoying reading Brain Rules and the author John Medina makes it clear that the brain is not able to share attention on two different tasks.

On top of an expert newbie, I rate myself a rather productive person, able to achieve things. [humblebrag] As an example in 2013 : one massive project, one e-book, one new album with my band and a major change in my professional career all the while attempting to have my family not to hate me too much [/humblebrag].

This principle is my north star. I try my best not to keep tasks hanging around and to complete them before moving to something else. How about you ?